Révolution alimentaire dans le nord-est de l’Ontario

Agrofolie a fait un tour en Ontario

Agrofolie visite le Nord

L'autosuffisance alimentaire, c'est réaliste? Même dans le Nord?



J’anime Agrofolie, une série documentaire diffusée par la chaîne télé Unis. Dans cette série, je pose la question « à quel point est-ce difficile de subvenir à tous les besoins alimentaires de ma famille? » J’ai un jardin, des cochons, des cannes pondeuses et je vais à la récolte d’aliments sauvages marins et terrestres. Je vais aussi à la rencontre de plusieurs gens qui jouent des rôles uniques dans la révolution alimentaire.

Le tout se passe dans la région de Moncton au Nouveau-Brunswick, où j’habite. Bien que j’adore les Maritimes et que la révolution alimentaire y bat son plein, je ne suis pas originaire d’ici. Mon pays sera toujours la forêt boréale du nord-est de l’Ontario. Je suis un gars de Kapuskasing. Lors du tournage de l’épisode 5 de la première saison d’Agrofolie, j’ai eu la chance de retourner par chez-nous pour voir comment la révolution alimentaire s’y vit...

Région du Témiscamingue

North Bay se déclare la porte d’entrée du nord. C’est donc au nord d’ici, dans la région du Témiscamingue, que mon aventure culinaire boréale commence.

Contrairement à la majorité des communautés du nord-est de l’Ontario, l’économie de la région du Timiskaming est dominée par l’agriculture. Les champs s’étendent jusqu’à l’horizon tout le long du pittoresque lac Témiscamingue. À New Liskeard, j’ai fait un arrêt au « Little Claybelt Homesteaders Museum », le long de la Transcanadienne pour rendre hommage à Ms. Claybelt, la vache. Les statues sont une particularité du nord de l’Ontario; presque chaque ville ici a une statue qui la représente. Par exemple, à Earlton, un village près de New Liskeard, il y a un immense bison. Pourquoi? C’est bien simple: il y a un élevage de bisons ici depuis 1973.

La vache de New Liskeard symbolise l’importance de l’industrie laitière dans la région. Son nom, Ms. Claybelt, rappelle aussi l’histoire de la ceinture d’argile, une immense région au fond d’argile promue comme le Nouvel-Ontario au début du 20e siècle. Des vagues de colons s’y sont établis pour essayer de développer une industrie agricole. À quelques exceptions près, seule la région du Timiskaming a réussi à établir une industrie agricole viable.

En particulier, sa production de lait est tellement bonne qu’elle réussi à soutenir la fromagerie Thornloe depuis 1940. Étant donné que Thornloe Cheese se trouve le long de la Transcanadienne et que c’est un arrêt traditionnel pour tous les gens du nord, j’y suis arrêté pour acheter des crottes de fromage. Ma variété préférée est celle à l’ail. Les cheddars aussi sont excellents. Thornloe fait aussi de bons bleus. Bref, je me laisse habituellement emporter par la tentation ce qui fait en sorte que j’achète beaucoup trop de fromages. C’est un beau problème à avoir.

Agrofolie Entrevue

Région de Kapuskasing

Une fois passée la ligne de partage des eaux, le point où les ruisseaux et les rivières commencent à couler vers l’océan Arctique plutôt que vers l’océan Atlantique, j’ai pu vraiment dire que j’étais chez nous; même s’il restait encore 240 kilomètres à parcourir. C’est gros l’Ontario!

Le relief dans la région de Kapuskasing est presque inexistant. C’est plat. Mais juste avant d’arriver en ville, il y a une petite butte. Chaque fois que je retourne à Kap – c’est le nom que les gens d’ici utilisent –, j’adore le moment où je franchis cette butte et où la ville apparaît. On voit le moulin au loin. Les rues dans lesquelles j’ai grandi m’entourent. À la première gauche, le quartier Val Albert et la rue Thibeault, construit par mon grand-père.

Avant d’entrer dans le bois pour aller à la chasse à l’orignal avec mon ami Donald, je fais un arrêt au marché public, qui a lieu tous les samedis, de la longue fin de semaine d’août à l’Action de grâce dans le centre-ville de Kap : le Cercle, un carrefour giratoire pour le moins unique. Bien que l’agriculture n’est pas l’industrie principale de Kapuskasing, la famille Sylvain cultive toujours des légumes qu’ils vendent ici. Les carottes sont les plus sucrées que j’ai mangées. M. Sylvain m’explique que même en été, les nuits à Kap sont fraîches, ce qui fait que les légumes deviennent très sucrés.

Comme plusieurs gens de la région, mon ami Donald est fou de la chasse et la pêche. Avec toute la nature sauvage, il y a abondance de gibier. Il est presque impossible de ne pas être mordu de la chasse ou de la pêche. Donald a accepté de m’amener, un matin, à la chasse à l’arc, étant donné que la chasse au fusil ne commençait pas avant un autre mois. De toute façon, Donald aime particulièrement les défis de la chasse à l’arc.

Nous avons passé le matin dans l’affût de Donald, dans une zone de débardage coupée par une société forestière locale. À 90 kilomètres de Kap, le silence était total, dominant la forêt boréale. Nous n’avons pas pu observer d’orignaux, mais j’ai appris que la semaine suivante, Donald a tué un orignal. Sa deuxième année de chasse à l’arc a donc été un aussi grand succès que sa première.

De retour en ville, j’ai visité le jardin du Kapuskasing District High School, une idée de l’enseignant Randy Swain. Son objectif était de démontrer que le jardinage est bel et bien possible à Kap. Malgré le scepticisme de plusieurs gens de la communauté, Randy et ses étudiants réussissent à cultiver un jardin abondant grâce en partie à des serres et des couvertures de rang qui permettent d’étirer la saison de croissance. Randy rêve de poules et d’un plus grand jardin. Ses ambitions sont inspirantes.

Pour terminer mon séjour en beauté, mon oncle Réjean a accepté de me montrer comment faire un cipâte, recette traditionnelle de la famille Thibeault, composée de viande sauvage. Nous avons préparé le plat et, 10 heures plus tard, entouré de tantes, de cousins, de petits enfants et de ma mémére Thibeault, nous avons mangé. Je n’aurais pas pu demander une meilleure fin à mon séjour dans le nord-est de l’Ontario.

Autres lectures suggérées