Expériences autochtones près de North Bay

Le lac Nipissing inspire ces enseignants, artistes et entrepreneurs autochtones.



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North Bay est l’un des plus beaux sites où trouver l’inspiration : sentiers de randonnée, hérons bleus (zhashagiwag) et couchers de soleil sur un lac Nipissing scintillant. Le lac, les nuages et le soleil s’épousent à merveille — au vu et au su de tous.


Toutes les photos ont été prises par Christine Charrette, sauf mention contraire.

Du nord au sud, les personnes vivant sur le territoire de North Bay et du Nipissing apprécient les coteaux, les belles plages et les coins de baignade gardés secrets, les sites de pêche qui font rêver les amateurs toute l’année et les célébrations culturelles autochtones qui se déroulent sur les rives. Vous trouverez tout à North Bay : un havre de paix pour être en plein contact avec la faune, un beau lieu où faire un jeûne, un site de chasse ou un endroit où cueillir des petits fruits.

Il ne faut pas manquer le pow-wow de la Première Nation Nipissing, qui a lieu la première fin de semaine de septembre. Ce pow-wow est présenté annuellement depuis 1988 et a lieu au début septembre à Jocko Point, dans un décor de forêt et de plage de galets ronds comme des carapaces de tortue. On y organise une cérémonie à l’aube et des danses faites avec des robes garnies de cônes de métal; on y vend des bijoux faits de perles et des tacos indiens. Cette tradition locale est sans doute la plus belle célébration autochtone de North Bay.

Les gens d’ici ont la chance d’être inspirés par North Bay au quotidien, et heureusement pour le reste du monde, ils traduisent leurs expériences et les partagent avec les autres.

Beneath Us au centre Capitol de North Bay, en 2015 (Photo : Liz Lott)

Prenons l’exemple de Aanmitaagzi. Ce regroupement d’artistes autochtones professionnels se concentre sur la région, mais est de calibre international. Dirigé par la danseuse contemporaine Penny Couchie et son mari Sid Bobb (qui est aussi l’animateur de Kids' Canada, une émission diffusée sur CBC), il a pignon sur rue au Big Medicine Studio, sur le lac Nipissing. Par le biais de la danse, Aanmitaagzi raconte des histoires et présente ses œuvres sur la glace, dans les rues ou encore sur scène. «Nous visualisons toujours la communauté dans laquelle nous souhaitons vivre», explique Sid.

Penny, une interprète primée, a des liens familiaux avec le lac Nipissing et y est revenue pour y faire vivre son talent. Récemment, Aanmitaagzi a présenté Where Does Art Begin?, un projet de trois ans financé par le Conseil canadien qui explore l’idée de la naissance de l’art et son interrelation avec celle de la vie par le biais de la médecine traditionnelle, le conte et la chasse. Les gens de tous âges s’y retrouvent.


Dances of Resistance, 2014 (Photo : Liz Lott)

Le projet nous ramène au lac Nipissing et à notre relation avec la terre et l’eau. Qu’est-ce qui approfondit la relation de l’humain avec le territoire? Est-ce l’art, une démarche de guérison ou des connaissances? Sid insiste : les gens viennent de partout pour parler aux artistes et se rassembler autour de l’eau, si puissante dans notre rapport à la vie. Et ils invitent les visiteurs à imaginer et à rêver avec eux, sur l’eau ou sur terre.

Norm Dokis prépare la bannique lors d’un atelier (Photo : Camp Petawachuan)

Norm Dokis est aussi un Autochtone de la région qui n’a pas peur de rêver avec le lac Nipissing. Norm est propriétaire du lodge Camp Petawachuan sur la rivière des Français, dans la Première Nation Dokis. Il s’agit d’abord et avant tout d’une destination écologique et culturelle. Dokis est un guide nature professionnel qui compte 23 ans d’expérience dans l’enseignement traditionnel de l’écologie, l’histoire et les savoirs écologiques et qui le prodigue aux jeunes, aux éducateurs, et au grand public. Norm a grandi sur le territoire Dokis. Il a suivi les traces de son père et des ainés de la communauté et a été cueilleur et guide. Norm a documenté ses expériences dans «Les jardins de nos ancêtres» (Our Ancestors’ Garden) à l’intention des éducateurs. Il y explique comment son approche éducative, qui s’ancre dans la nature, permet de se connecter avec les jeunes et de ranimer les esprits.

Quand on lui demande pourquoi il habite dans la région, il répond que «nous choisissons des endroits où vivre, alors historiquement, nous choisissons des routes et l’accès aux ressources. Nos routes étaient d’eau, alors nous avons choisi le côté nord, qui fait face au soleil.» Dokis loue des gites d’où il dirige ses enseignements. Ses thèmes de prédilection sont le piégeage et la cueillette, la vie sur les lignes de trappe, les terres et les sentiers de la famille, les traineaux à chiens. Norm s’intéresse au tourisme nautique et territorial, à la survie hivernale, aux plantes, aux champignons et aux herbes sauvages. II touche aussi aux arts et à l’artisanat, au canot d’écorce et aux autres arts traditionnels. Il y a tant d’occasions d’apprentissage expérientiel à Petawachuan!


Brenda Lee (Photo : Bob Hurley Photography)

Lorsqu’on lui parle de son North Bay adoptif, Brenda Lee, une instructrice autochtone d’art culturel, dit qu’ici, avec le lac Nipissing et les arbres qui le ceignent, c’est comme si la nature et la vie nous étreignaient.

Originaire de Maskwacis, en Alberta, et membre de la Première Nation Erminestin, Lee est arrivée à North Bay en 2009. Qu’est-ce qui l’a attirée en Ontario? C’est un mystère. Brenda adore se rendre à Jocko Point. Elle y trouve une présence apaisante. Le destin a décidé qu’elle devait vivre à North Bay.

Lee a étudié au campus du Portage College de Lac La Biche dans un programme avancé d’instruction à l’artisanat et aux arts culturels. Elle anime des ateliers de perlage à North Bay et elle fait aussi des sacs pour l’Union. Elle crée des articles pour les cérémonies, comme les parures de tête pour le chef de la Première Nation Nipissing Scott McLeod et le grand chef de l’Ontario. Elle fabrique aussi une parure féminine, pour une future chef.

Brenda montre au commissaire des droits de la personne de l'Ontario, Maurice Switzer, comment tisser les perles dans une ceinture wampum.

Lee confectionne aussi des wampums (des ceintures qui viennent confirmer une entente ou un traité) et enseigne l’art de leur fabrication. Elle s’installe souvent dans la bibliothèque de l’Université Nipissing pour que son travail soit visible aux autres. Lorsqu’elle offre des ateliers de perlage, elle aime savoir qu’elle passe des connaissances aux jeunes. «Le territoire, les gens et l’histoire m’inspirent dans mon art et dans mes relations. Hai Hai.»


Photo : Twiggs

L’entrepreneure autochtone Jennifer Twigg a aussi trouvé l’inspiration à North Bay et une connexion avec le lac Nipissing. À North Bay, Twiggs Coffee Roaster est devenu synonyme d’excellent café. Alors qu’elle vivait sur la côte, en Colombie-Britannique au milieu des années 1990, Jennifer est tombée en amour avec l’industrie du café, qui commençait à prendre son essor. Elle s’est établie à North Bay parce qu’il n’y avait pas de brûlerie. C’était une occasion en or. Des auteurs bien connus ont trouvé de l’inspiration chez Twiggs, notamment Giles Blunt, l’auteur du livre et de la série télévisée Cardinal. Un des professeurs de l’Université Nipissing a écrit tout un livre en sirotant des thés et des lattés chez Twiggs. Les rencontres entre artistes et les rassemblements de proches sont la norme, tant dans le café du centre-ville ou celui de la rue McEwen. 

Twiggs a aussi pignon sur rue dans la baie Minnehaha Bay de Sturgeon Falls, près de North Bay. C’est une courte escapade appréciée par les plaisanciers et les amateurs de sports de pagaie. Depuis le lac Nipissing, ils empruntent la rivière Sturgeon jusqu’à la baie. Là, ils amarrent leur embarcation au dock, montent la côte puis profitent de la vue imprenable en sirotant un café ou en savourant un dessert exquis ou une pointe de pizza gourmet.

Jennifer a visé juste lorsqu’elle a ouvert Twiggs. C’est un établissement unique dans la région. Entre le centre-ville de North Bay et le front d’eau, nombreux sont les marcheurs avec une tasse de café Twiggs à la main. Lorsqu’ils achètent des produits Twiggs, ils savent qu’ils n’ont pas simplement fait une bonne affaire, ils encouragent aussi une famille locale. Chaque année, Twiggs mène une campagne de financement pour le fonds du Père Noël, appuie les programmes d’aide aux familles des vétérans en offrant des réductions, et travaille en partenariat avec One Kids Place en offrant des activités de financement.


 

L’inspiration d’un lieu? Elle prend plusieurs formes : la relation à la terre et à l’eau, l’engagement au développement durable, la communauté, le développement d’une culture ancrée dans le territoire et les arts. De nombreux Autochtones qui connaissent du succès ont trouvé l’inspiration ici même, à North Bay.

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