Manger des crêpes pour sauver un pan d’histoire

Un sachet qui met en appétit. Photo : Derek Lankinen

L’avenir du Hoito de Thunder Bay repose dans votre assiette.



C’est un dimanche matin tranquille. L’odeur des crêpes embaume lentement la cuisine et le salon. Ça sent bon le beurre et la pâte. Les gourmands salivent et sourient.

Qu’importe si vos crêpes sont noyées dans le sirop ou finement farcies. En vous régalant, vous venez de participer à la possible réouverture d’un établissement mythique, le restaurant finlandais Hoito, ouvert en 1918, fermé pendant le confinement du printemps 2020, puis emporté par la faillite de l’Association finlandaise de Thunder Bay quelques semaines plus tard.

Une nouvelle coop inventive

La Coopérative finlandaise de Thunder Bay, formée en juillet 2020, déploie maintenant son arsenal pour rouvrir le Hoito.

C’est que le Hoito, c’est plus qu’un resto. C’est un pan de l’histoire de Thunder Bay, c’est une communauté, et c’est aussi une fierté locale et régionale. Mais pour le relancer et mettre à jour la cuisine et la salle à manger, la Coopérative a besoin de fonds. C’est là que votre dimanche matin entre en jeu.

Photo : Howard Bouchevereau sur Unsplash.

Savourer les crêpes du Hoito à la maison

Qui dit Hoito dit crêpes. Celles du resto finlandais font probablement autant partie du patrimoine de Thunder Bay que le Hoito lui-même. La recette originale, transmise de bouche à oreille, de chef en chef, depuis 1918 était prévue pour produire des centaines et des centaines de crêpes.

Et voilà que depuis la mi-mai, pour assurer ses assises financières, la préparation originale pour crêpes du Hoito est en vente en sachets de 475 g sur Amazon.

Manger des crêpes pour encourager une cause communautaire? C’est ce qu’on appelle joindre l’utile à l’agréable… Photo : Derek Lankinen. 

Adapter la recette pour des enveloppes pour faire 18 crêpes n’a pas été une mince affaire. Paula Haapanen, la présidente intérimaire de la Coopérative Finlandia, en sait quelque chose.

Lorsqu’elle était membre de l’ancienne association, elle a vu l’impressionnante liste d’ingrédients nécessaires pour faire rouler le restaurant — et les factures qui allaient avec. «Ils faisaient des pelles et des pelles de mélange», illustre-t-elle.

Big Lake Pasta (qui fait des pâtes en forme du lac Supérieur) est alors intervenu. Avec l’aide de la petite entreprise locale, la Coopérative a réussi à recréer une recette dans des proportions plus petites en restant fidèle au goût et à la texture de celle du restaurant. «On a fait pas mal de tests», concède Paula Haapanen en riant. «C’était délicieux et on est assez fiers du résultat.»

Photo reproduite avec l’autorisation de la Coop.

Vous pouvez faire vous-même le test en vous rendant sur Amazon. Si vous êtes à Thunder Bay, procurez-vous le mélange dans l’une des boutiques spécialisées qui reflètent la diversité culturelle et le charme de Thunder Bay : Maltese Grocery, The Cheese Encounter, Take A Hike + Take 2 Boutique, Dawson General Store… La liste complète et à jour est affichée sur la page Facebook de la Coop.

 

Porter les couleurs du Hoito

En plus de travailler sur le mélange à crêpes, la Coopérative a créé une gamme de vêtements et d’accessoires. Des hoodies, des cotons ouatés, des casquettes, des t-shirts, des tasses sont en vente dans une boutique éphémère (ou pop up) virtuelle. L’initiative est pour le moment temporaire : la boutique ferme ses portes le 20 juin, jusqu’à ce que la coop ait un magasin.

Pour marquer le renouveau, la coopérative a créé un logo qui rappelle le hannunvaakuna (appelez-le l’arme de Saint John, la croix Saint Hannes ou le nœud de Bowen), qu’utilisait le Hoito et qui sert à la signalisation routière en Scandinavie. «C’est un symbole pour indiquer les lieux culturels et patrimoniaux», explique Paula Haapanen.

Le logo rappelle aussi le cadre de la porte du Hoito. «C’est de là que vient le lettrage, avec un arrondi. On voulait avoir de l’ancien dans le nouveau.» C’est entendu, le logo met aussi de l’avant le bleu du drapeau finlandais. 

Le Hoito, le 18 juillet 2008. Photo de Tony Webster, sur flickr.

Plus qu’un resto

La Coopérative finlandaise souhaite de rouvrir le restaurant dans le sous-sol du bâtiment où l’on dégustait, jusqu’à mars 2020, des crêpes finlandaises, le karjalan piiraka (une tartelette avec une croûte de seigle farcie de riz) avec une salade aux œufs, la saucisse makkara, le saumon suolakala et le viili (yogourt) finlandais.  

Ne se laissant pas abattre par la fermeture forcée du restaurant et la faillite de l’association finlandaise, des irréductibles ont lancé l’idée de former une coopérative. En plus de rénover et de ranimer le restaurant, le groupe souhaite créer une programmation autour de la cuisine et de la culture finlandaise. La Coopérative a déjà pensé à plein de possibilités : des clubs de lecture, l’école de langue, des ateliers, même une école de cuisine et une cuisine communautaire. «Thunder Bay est une ville très foodie», rappelle Paula Haapanen. La Coop pourrait, par exemple, louer la cuisine à des entrepreneurs.

Le Temple du travail finlandais, construit en 1910. Don de Sandra Koivu à la Thunder Bay Finnish Canadian Historical Society. Photo des archives et des collections numériques de Lakehead University Library. 

La petite Finlande de Thunder Bay

Thunder Bay s’est longtemps targué de rassembler la plus grosse communauté finlandaise hors Finlande. Est-ce encore le cas? Paula Haapanen émet un doute. «On en est aux 3e et 4e générations.» N’empêche, dans la ville à la tête du lac, plus de 1600 personnes sont de langue maternelle finnoise, 450 le parlent couramment à la maison.

Surtout, beaucoup, beaucoup de personnes s’associent encore à la Finlande. Thunder Bay embrasse encore à plein ce caractère; tout le monde connaît le Hoito : «Le Hoito, ça appartient vraiment à toute la communauté», rappelle la Finlandaise d’origine.

Avant de rouvrir le resto, il faut amasser des fonds et revamper le sous-sol du Temple du travail finlandais. Déjà, un promoteur transforme en appartements l’auditorium et la salle de banquet du bâtiment patrimonial. Ce qui ne l’empêche pas de s’intéresser à la réouverture du restaurant sur sa propriété.

La préparation à crêpes sert donc de campagne de financement, mais aussi à assurer les arrières de la Coopérative lorsque le resto sera rouvert. «On doit diversifier les sources de revenus», explique Paula Haapanen. La vente d’articles promotionnels se poursuivra aussi et des parts de la coopérative à capital social seront en vente, possiblement à l’été 2021.

Allez vite! D’ici à ce que le Hoito rouvre, il faudra manger des crêpes.

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